Qu’est-ce que la pédagogie Montessori ?

Maria Montessori, première femme médecin d’Italie, a mis au point sa pédagogie en s’appuyant sur une approche scientifique qui reposait énormément sur l’observation. Elle a conçu son matériel en reprenant le travail de deux autres chercheurs français, les Dr Itard et Séguin, qui avaient travaillé avec des personnes en situation de handicap, pour l’adapter à l’apprentissage des enfants. Ce qui est vraiment intéressant, c’est que les découvertes en neurobiologie ces dernières années confirment la pertinence des observations du Dr Montessori.

Voici quelques points clés de la pédagogie Montessori :

1/ Une approche sensorielle

L’enfant commence par appréhender les concepts à l’aide de ses sens et de son corps, notamment de ses mains. Des recherches récentes indiquent que le mouvement facilite l’apprentissage, confirmant les observations de Maria Montessori. Par la manipulation, l’observation, la liberté de mouvement, l’enfant chemine vers la compréhension et l’abstraction en gardant un ancrage dans le réel aussi longtemps qu’il en a besoin.
Ce n’est pas le seul intérêt. Si l’on prend l’exemple de l’apprentissage de la lecture, là encore les intuitions de Montessori s’avèrent justes. Le geste du tracé des lettres aide par exemple l’enfant à dépasser le stade de l’écriture-miroir, comme l’explique Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France (Chaire de psychologie cognitive expérimentale).
Enfin, si pour apprendre, il faut pouvoir se concentrer, pour mémoriser et faire durer ses apprentissages, il faut pouvoir les relier à quelque chose de connu. Or les manipulations des activités sensorielles permettent à l’enfant de créer un réseau dense de sensations et de perceptions sur lequel il pourra s’appuyer par la suite pour créer ces relations, ce que Serge Boimare appelle « le monde interne » de l’enfant. Comment comprendre le mot « gluant » si l’on n’a jamais touché quelque chose de gluant ? Le vocabulaire se développe sur les sensations, émotions, en fait tout le ressenti, quels que soient les sens utilisés. De même les enfants qui ont pu observer, toucher, manipuler, comparer et trier des formes de tailles différentes ont des bases solides sur lesquelles fixer leur apprentissage de la géométrie.

2/ La vie pratique et l’autonomie, la responsabilisation

Les enfants les plus jeunes abordent le matériel en commençant par la « vie pratique », un ensemble d’activités conçues pour apprendre l’autonomie aux enfants, mais aussi la concentration. Il s’agit par exemple de verser de l’eau sans renverser, de boutonner, d’éponger ou de couper un fruit. Cette autonomie se poursuit ensuite au quotidien : les enfants rangent leur matériel quand ils ont terminé une activité, nettoient leur table après leur repas, etc. Dans un environnement respectant les principes de Montessori, les tables, les chaises, les étagères, les outils de nettoyage etc., sont adaptés à la taille et à la force des enfants.
Les enfants sont également responsabilisés : ils sont invités à trouver progressivement d’eux-mêmes les solutions à leurs problèmes, soit individuellement, soit en groupe, et cela devient un mode de fonctionnement.
La matériel des cylindres : en cas d’erreur, certains cylindres n’ont pas de place

3/ La précision et l’autocorrection

Le matériel est conçu de façon à permettre l’autocorrection. Aucune intervention extérieure à l’enfant n’est nécessaire pour qu’il comprenne s’il a réussi l’activité. Pour reprendre l’exemple où l’enfant verse de l’eau dans un verre, il peut clairement voir s’il en a renversé, essuyer la table, et recommencer.
Dans l’illustration ci-contre, la petite fille ne pourra pas ranger tous les cylindres s’ils ne sont pas à la bonne place.
Le matériel des cylindres permet aux enfants d’améliorer leur concentration, de trier les formes en fonction d’une graduation (du diamètre ici, mais cela peut aussi être la hauteur, le poids, la rugosité etc.), et il permet de préparer l’enfant à la tenue du stylo pour l’écriture grâce aux petits boutons de préhension qui se retrouvent sur plusieurs autres matériels. C’est aussi l’un des points forts du matériel Montessori : il est conçu de façon extrêmement intelligente et précise pour optimiser l’apprentissage à plusieurs niveaux.

4/ L’entraide et l’émulation

Les relations que tissent les enfants entre eux revêtent une importance particulière. Les enfants des différentes tranches d’âges sont en contact, ce qui favorise l’entraide, qui valorise les plus grands, et l’émulation, qui stimule les plus jeunes.

5/ La soif d’apprendre

Les enfants ont naturellement une grande curiosité et une soif d’apprendre. Ils se dirigent naturellement vers le matériel qui correspond à ce qu’ils ont le plus envie d’apprendre et pour quoi ils auront le plus de motivation et donc de facilité. En respectant leur rythme et leurs envies, tout en s’assurant de leur progression, les éducateurs leur apprennent à travailler de façon autonome dès leur plus jeune âge. Par ailleurs, cela évite aux enfants de se sentir dépassés ou perdus, ou au contraire de s’ennuyer.

6/ Les périodes sensibles

Le matériel Montessori suit une évolution qui correspond à ce que Maria Montessori a appelé les « périodes sensibles » de l’enfant. Ce concept vient de l’observation des enfants mais aussi de la découverte de « l’enfant sauvage de l’Aveyron ». Cet enfant d’une dizaine d’années a été découvert en 1800 dans une forêt, à l’état sauvage, incapable de parler, se nourrissant de végétaux crus ou cuits par ses soins, bref apparemment un enfant ayant grandi seul en dehors de toute éducation. Malgré tous ses efforts, le Dr Itard, qui a travaillé pendant 5 ans à sa réinsertion, n’a jamais pu lui apprendre à parler correctement. C’est ce qui a conduit à l’idée des « périodes sensibles », des périodes d’apprentissage cruciales pendant lesquelles les enfants ont une facilité particulière pour apprendre quelque chose (le langage par exemple), capacité qui disparaît une fois la période sensible écoulée. Maria Montessori a distingué plusieurs périodes sensibles qu’elle détaille dans ses livres, en s’appuyant sur ses observations des enfants : le langage, le mouvement, l’ordre, le comportement social, les petits objets…
<blockquote>(…) la plasticité est une caractéristique fondamentale du cerveau tout au long de la vie. Malgré cette plasticité permanente, il existe des périodes idéales ou « sensibles » durant lesquelles un apprentissage donné présentera une efficacité maximale. Pour les stimuli sensoriels (tels les sons du langage) et pour certaines expériences émotionnelles et cognitives (telle l’exposition à une langue), les périodes sensibles sont assez brèves et se situent à un âge assez jeune. D’autres compétences (comme l’acquisition de vocabulaire) ne connaissent pas de période sensible nette et peuvent être apprises de façon optimale tout au long de la vie.
Extrait de la Conférence internationale OCDE/CERI « Apprendre au XXIe siècle : recherche, innovation et politiques », section « Comprendre le cerveau : naissance d’une science de l’apprentissage »</blockquote>
7/ L’éducateur

Plutôt qu’un enseignant, c’est donc un éducateur qui encadre les enfants. Son rôle consiste à observer les enfants, les guider vers le matériel qui leur convient s’ils le demandent, leur présenter le matériel, et maintenir le respect et le calme nécessaires au travail de tous. L’éducateur adopte une position de retrait, dans le sens où il laisse l’enfant choisir son travail et ne l’aide que si ce dernier le demande, en lui laissant la place de faire un maximum du travail de compréhension par lui-même. Par exemple, l’éducateur n’explique pas à l’enfant que 3+4=7, il lui montre comment utiliser le matériel qui va lui permettre de comprendre le principe de l’addition par lui-même, sans jugement, sans pression, avec la fierté d’avoir atteint son objectif tout seul une fois qu’il aura terminé. Mais les éducateurs lancent également des jeux, comptines, chansons, idées, ateliers… rythment la journée (quoi-de-neuf du matin, repas, promenade…), et pour les plus jeunes surtout, apportent leur aide et veillent à la sécurité.

8/ L’absence d’évaluation et de stress

Cette approche ne comporte pas d’évaluation, de contrôle, de devoirs ou de notes incitant l’enfant à apprendre quelque chose pour une autre raison que parce qu’il en a envie ou besoin. Et ça marche. En réalité, de nombreuses études ont aujourd’hui démontré que le stress permettait uniquement d’améliorer les performances lorsqu’il s’agit d’une activité très simple. Dès qu’il faut faire appel à la créativité, à l’imagination et à la réflexion, les performances sont diminuées par le stress. Or ce sont ces dernières compétences qui nous semblent les plus utiles dans une société où les « applications simples » sont de plus en plus réalisées par des machines et des ordinateurs…

9/ La confiance en soi

C’est un point qui en rejoint d’autres, mais cette approche favorise le développement de la confiance en soi des enfants, et leur épanouissement. L’absence d’évaluation ou de système de comparaison, la liberté du choix des apprentissages, l’entraide, le contrôle autonome sont autant de facteurs qui permettent à l’enfant de se sentir respecté pour qui il est. Par ailleurs notre école adopte les principes de communication non violente de Faber et Mazlish.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à vous inscrire à notre atelier d’initiation à la pédagogie Montessori (28 octobre ou 4 novembre, 14h-18h).

À propos de l'auteur: Sophie Mc Connell

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